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Lexique

Altérisation

Du latin alter, autre. Processus de distinction d’un groupe considéré différent, qui passe par la mise en avant de différences. Voir aussi « différenciation ».

Antisémitisme

Terme apparu en Allemagne à la fin du XIXème siècle destiné à caractériser en terme « racial » et pseudo scientifique une hostilité aux Juifs, jusqu’alors perçus en termes religieux et culturels (antijudaïsme). De manière plus générale, ce terme désigne l’hostilité particulière envers un groupe de personnes considérées, à tort ou à raison, comme « juives ». À noter que ce terme n’a jamais concerné un autre peuple que le peuple juif.

Bouc émissaire (théorie)

Se référant à un rite expiatoire, la théorie du bouc émissaire permet d’envisager que certains groupes contiennent la violence présente en leur sein en désignant un ennemi, intérieur ou extérieur. Cet ennemi cristallise la violence du groupe et l’oriente vers l’extérieur. Il s’agit d’un phénomène qui n’est jamais totalement conscient (la plupart des membres du groupe sont convaincus que l’ennemi présente des caractéristiques négatives qu’il faut combattre par la violence).

Colonisation

Expansion d’une puissance hors de son domaine, en général dans des régions à fort potentiel agricole et, par extension, modalités d’installation des « colons » dans ces régions.
Dans les pays européens, la colonisation a permis de répondre aux nouveaux besoins liés à l’industrialisation et au protectionnisme en vigueur au cours du XIXe siècle. Il s’agissait notamment de trouver de nouveaux espaces pour écouler des marchandises et investir des capitaux. Mais l’expansion coloniale ne doit pas uniquement être lue comme un ensemble d’actions militaires ou économiques. Elle a en effet également consisté en la production d’images stéréotypées des « colonisés » et est intimement liée au développement du racisme d’infériorisation.

Pour aller plus loin :
G. Hardy distingue deux grandes formes de colonisation : la colonisation  d’enracinement et la colonisation d’encadrement.
La première forme, l’enracinement, englobe quatre cas de figures différents :

La seconde forme de colonisation, l’encadrement, se caractérise par une situation de face à face entre les colons – qui sont souvent minoritaires - et pouvoirs administratifs ou traditionnels autochtones. Ces derniers sont subordonnés par les colons dont le pouvoir s’appui sur ces relais.

Commerce triangulaire

L’expression « commerce triangulaire » désigne une pratique commerciale qui a débuté au XVe siècle et qui a conduit à un déplacement massif d’individus réduits en esclavage, de l’Afrique vers l’Amérique.

Le commerce triangulaire s’est établi principalement autour des échanges marchands suivants :

Culture

Le concept de culture a différents sens. Dans son acception la plus large, il désigne le rapport particulier au monde d’un groupe donné. Aujourd’hui, les chercheurs s’accordent sur la nécessité d’envisager la culture en termes de dynamique (évolutions, changements …) comme de confluence (diffusion et échanges) et pas seulement en termes de maintien, de particularités et de traditions. Alors qu’autrefois, les cultures étaient souvent envisagées comme des ensembles clos, rigides et plus ou moins immuables, on met l’accent aujourd’hui sur les changements et les multiples emprunts qui les caractérisent.

Acculturation

Le concept d’acculturation permet de caractériser les changements qui résultent d’un rapport prolongé entre groupes.
L’image qui a longtemps prévalu est celle de deux groupes ayant chacun une culture distincte qui, pour des raisons historiques ou économiques, se trouvent en relation : sous les effets de ce contact, le groupe le plus minoritaire ou le moins armé économiquement s’approprie des références culturelles du groupe majoritaire ou dominant et perd par conséquent ses propres référents.
Aujourd’hui, le terme est employé, dans les sciences sociales, de façon plus neutre. Il permet de caractériser les changements liés aux contacts entre différentes cultures, les phénomènes d’hybridation et de mélange autant que de perte ou de disparition.

Multiculturalisme

On parle de multiculturalisme quand le pluralisme culturel et social d’une société donné devient reconnu.

Il accède à la reconnaissance comme réalité permanente de la réalité sociale et est alors considéré comme un aspect de l’ordre social. Le multiculturalisme correspond donc à l’institutionnalisation du pluralisme culturel, à sa légitimation, à son entrée dans l’espace politique.

Interculturalité

Ensemble des processus générés par les contacts entre cultures différentes qui sont basés sur l’échange et le maintien de leurs particularités.

« Si le terme ‘interculturel’ vit le jour à la fin des années 1970, il renvoyait alors à une perspective pédagogique inédite, supposée favoriser l’intégration des enfants d’immigrés. Sous l’égide de la direction des Écoles, en France, de 1976 à 1982, la pédagogie interculturelle fit l’objet d’expériences pilotes, mais sans qu’aucune instruction concrète pour sa mise en oeuvre apparaisse jamais. L’éducation interculturelle était alors comprise dans le sens commun cosmopolite d’une ouverture au ‘dialogue des cultures’, à ‘la compréhension entre cultures’, à la reconnaissance de ‘la valeur et l’originalité de chacune d’entre elles’, à la ‘compréhension entre communautés’ (comme l’indique la recommandation du 25 septembre 1984 du comité des ministres du Conseil de l’Europe sur la ‘Formation des enseignants à une éducation pour la compréhension interculturelle, notamment dans un contexte de migration’ ). De telles dispositions, alignées sur les généreux principes du relativisme culturel et du rejet de l’ethnocentrisme, se conformaient aux normes sociales altruistes alors en vigueur et que l’on se proposait de mettre au service de l’intégration des enfants d’immigrés. Une telle bonne volonté, non assortie des analyses sociologique et psychosociale qui auraient été préalablement nécessaires, ne se déploya pas sans faire surgir des effets pervers. Elle généra en particulier une lecture stéréotypée de la réalité anthropologique et une imprévoyante apologie de la valorisation de la reconnaissance des ‘différences’, globalement attribuées à des ‘cultures’ que l’on supposait aptes à ‘dialoguer’  entre elles. Une telle vision substantialisante des cultures – dont la dignité était désormais reconnue – pouvait induire la légitimation d’un clivage social redoutable, intercommunautaire, dont les dangers n’apparurent pas dans l’immédiat ».

Diaspora

« Diaspora » provient d’un mot grec utilisé depuis l’Antiquité. Des débuts de l’époque moderne à la fin des années soixante, le terme désignait la condition d’un peuple dispersé géographiquement qui maintient, en dépit de cette dispersion, une forme d’unité et des pratiques de solidarité. Le sens du terme s’est élargi depuis les années soixante ; il désigne aujourd’hui toutes les formes de dispersion des populations, à condition que celles-ci puissent se définir de façon historique ou ethnico-religieuse.

Pour aller plus loin :

Trois types de réseaux diasporiques
Ce dernier sens étant très large, il peut être intéressant de différencier trois types de réseaux diasporiques en se référant aux conditions dans lesquelles ils se sont constitués : lorsqu’un événement majeur, traumatique pousse une population à l’exil ; quand l’émigration représente un choix et que les liens avec les compatriotes expatriés ou non restent forts ; lorsque le rapport « diasporique » est sans réalité territoriale ou historique, c’est le cas des diasporas noires.

Diasporas transnationales
Condition des immigrants qui intègrent des sociétés nationales sans se dégager émotionnellement, culturellement … de leur culture d’origine. Ils élèvent des exigences qui concernent les leurs autre part. Cela produit de nouveaux impacts sur le multiculturalisme.

Différentialisme

Idéologie qui prône la mise à distance, la discrimination, l’infériorisation ou l’exclusion d’un individu ou d’un groupe en raison d’une différence réelle ou supposée.

Pour aller plus loin :
Le différentialisme apparaît en réaction à l’universalisme (égalité de tous en matière de droit). Il correspond à la gestion d’une ambivalence, la société devant chercher des « accommodements pour légitimer l’exclusion du particulier tout en conservant son credo égalitariste et son idéal universaliste ». Alors que l’existence de « races » est mise à mal par les découvertes scientifiques, le racisme prend alors appui sur des catégories culturelles. Il se base notamment sur l’idée que l’hétérogénéité culturelle constitue une menace pour la survie de certaines cultures.

Dans la pensée différentialiste, les rapports entre majorité et minorité sont transcendés par les rapports entre nation et / ou civilisation : dans les sociétés d’immigration, l’étranger acquiert, au delà du statut d’étranger, une condition sociale qui renvoie à la « stratification à l’intérieur d’un pays » et à la « hiérarchisation entre pays » soit à la position assignée à son pays par rapport à l’échelle des  statuts et positions politiques, économiques … Il garde l’image du travailleur mais, en plus, il est « surinvesti par une représentation de sa culture ». D’où une double hiérarchisation avec, d’un côté, les valeurs assignées aux différentes cultures et, de l’autre, les valeurs en rapport avec l’origine sociale.

Discrimination

Traitement différencié d’une personne ou d’un groupe de personne.
Les discriminations sont des pratiques qui entravent l’égalité d’accès - à des rôles, des statuts, des lieux, … - en fonction de caractéristiques socialement construites.
L’illégitimité et l’illégalité des discriminations fluctuent d’une société à l’autre. Elles sont susceptibles d’évoluer au sein d’une société donnée, au gré de la législation et des actions menées par les acteurs de la société civile.

Pour aller plus loin
Le terme s’est imposé politiquement en France dans un contexte particulier. Cette imposition marque des changements importants dans l’action antiraciste : d’une lutte contre une partie de l’extrême droite - qui se déroulait avant tout sur le terrain idéologique - à un combat juridique contre des pratiques plus quotidiennes, moins politiques ou moins marginales. Aujourd’hui, cette approche, axée sur le quotidien et le juridique, paraît imprégner toutes les sphères institutionnelles.

Diversité

Le terme désigne la multitude des profils humains existant dans une société (origine géographique, sexe, pratique linguistique, âge, ...).

Pour aller plus loin

En France, l’emploi actuel du terme « diversité » fait référence, de manière plus ou moins implicite, aux différences qui traversent – et posent problème à – la société française.
Il faut à ce propos rappeler que toute différence suppose une norme, et que les normes qu’implique l’acception actuelle du terme sont parfois implicites et/ou illégales ; qu’elles s’opposent souvent à l’idéal démocratique.
Comme le souligne Michel Wieviorka, « les fondements juridiques d’une définition de la diversité sont bancals »

Emigré

Le terme « émigré » désigne un individu ayant quitté son pays.
Contrairement à celui d’immigré, il ouvre un questionnement sur ce que vivait l’individu avant sa venue dans le pays où il réside actuellement et sur les motivations de son départ.

Pour aller plus loin.
L’émigration est une donnée incontournable pour ceux qui étudient les migrations
Selon le sociologue Abdlemalek Sayad, « toute étude de l’émigration qui négligerait les conditions d’origine des émigrés, se condamnerait à ne donner du phénomène migratoire qu’une vue, à la fois, partielle et ethnocentrique : d’une part comme si son existence commençait au moment où il arrive en France, c’est l’immigrant – et lui seul – et non l’émigré qui est pris en considération ; d’autre part, la problématique explicite et implicite est toujours celle de l’adaptation à la société d’ ‘accueil’ ».

Esclavage

Etat d’une personne privée de liberté, considérée comme la propriété d’une autre personne.

La Convention relative à l'esclavage de 1926 - premier traité international sur l’esclavage qui est toujours en vigueur de nos jours - définit l’esclavage comme « l'état ou condition d'un individu sur lequel s'exercent les attributs du droit de propriété ou certains d'entre eux ».

En 1956, l’ONU adopte une Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage ; La définition de l'esclavage et des « pratiques analogues à l'esclavage » inclue désormais le péonage, la servitude pour dettes, le mariage forcé et l'adoption d'enfants en vue de leur exploitation.

L’esclavage de possession
« Dans l'esclavage de possession, les esclaves étaient des marchandises qui pouvaient être achetées, vendues ou cédées. Dans certains endroits, les maîtres avaient sur eux un droit de vie et de mort. Les esclaves n'avaient aucun droit et ne possédaient aucun bien. Leur servitude était à vie et héréditaire. S'ils étaient autorisés à se marier ou même à cohabiter, ils n'avaient aucun droit sur leurs enfants. Aussi était-il fréquent que des familles d'esclaves soient séparées lorsque l'un ou plusieurs de leurs membres était vendu ou cédé. Il faut toutefois souligner que tous les esclaves n'étaient pas maltraités. Même à l'époque ou l'esclavage était le plus répandu aux Amériques, certains esclaves étaient devenus presque indépendants et étaient autorisés à garder leurs gains, voire à devenir eux-mêmes propriétaires d'esclaves. Certains étaient surveillants d'esclaves et parfois, dans de rares cas, responsables de la gestion d'un domaine. Quelques-uns eurent la possibilité d'acheter leur liberté, mais même les plus prospères et les plus libres des esclaves ne purent surmonter la discrimination qui était un aspect indélébile de leur ancienne condition d'esclaves ».

L’esclavage en Afrique
« La partie du monde non occidental où l'esclavage était le plus répandu à la fin du XIXe et au début du XXe siècle était le continent africain. L'Afrique était depuis longtemps le premier pourvoyeur d'esclaves au Nouveau Monde, et, bien avant la découverte de celui-ci par les Européens au XVe siècle, les esclaves africains étaient déjà exportés à l'est vers le monde musulman. L'esclavage en Afrique même est également antérieur à l'arrivée des marchands d'esclaves européens sur ses côtes. Une fois la traite transatlantique terminée à la fin du XIXe siècle, la capture et la vente d'esclaves se perpétua en Afrique, et beaucoup furent exportés de l'Afrique de l'Est et du Nord, le plus souvent vers les pays musulmans. Ils étaient asservis de diverses manières et remplissaient différentes fonctions. Certains furent capturés lors de guerres ou de rafles. D'autres se trouvèrent réduits en esclavage par des membres de leurs propres familles ou par un oracle comme punition pour un crime ».

L’abolition de l’esclavage
« L'abolition de l'esclavage fut l'aboutissement d'un long et difficile combat ayant débuté au XVIIIe siècle : les philosophes dénonçaient alors cette pratique comme contraire aux droits de l'Homme ; les activistes religieux la considéraient comme un péché ; et les économistes la jugeaient moins rentable que le travail libre. Au cours du XIXe siècle, la campagne contre l'esclavage fut menée par la Grande-Bretagne, alors première puissance commerciale et industrielle du monde. En recourant à la corruption, aux cajoleries et à d'autres moyens, les Britanniques mirent en place un réseau de traités contre la traite des esclaves. Finalement, pour différentes raisons, la traite, puis l'esclavage furent successivement déclarés illégaux par toutes les puissances européennes et américaines ».

Esclavagisme

Système social au sein duquel des êtres humains, les esclaves, sont la propriété d’autres personnes et sont, généralement, exploités et non rémunérés. 

Ethnicisation

Imposition de traits différenciant à des individus, ou à des groupes, en raison de leur origine géographique ou généalogique supposée. Aujourd’hui, le terme est parfois employé par des sociologues pour désigner le développement des processus de catégorisation ethnique.

Ethnie

Notion apparue en sociologie dans les années cinquante pour désigner un groupe sociologique et culturel plus restreint que l’ensemble de la société. Ce groupe partage des traits culturels et des éléments de mémoire communs. La conscience d’appartenir à un tel groupe peut aller de pair avec une réticence vis à vis de la culture dominante de l’Etat-nation.

Pour aller plus loin :
Le terme d’ethnie est, en France, associé à Vacher de Lapouge, un « théoricien » raciste. Ce dernier est notamment connu pour ses théories de l’eugénisme racial. « On trouve ainsi chez Lapouge l’une des premières tentatives de biologiser la nation, de construire des populations nationales comme des quasi-races, ou des races secondes produites par une évolution bio-culturelle distincte »

Etranger

Le Haut Conseil à l’Intégration nomme « étranger » toute personne qui vit en France et ne possède pas la nationalité française. Une personne étrangère peut être née en France (de parents étrangers, par exemple). Elle n’est pas, alors, considérée comme « immigrée ».

Eugénisme

L’eugénisme est à la fois une théorie et un programme qui vise à appliquer une sélection à l’espèce humaine pour l’ « améliorer ». Le terme « eugénique » est un emprunt à l’anglais eugenic formé par F. Galton en 1883 à partir du grec. Cousin de Charles Darwin, Francis Galton assiste aux effets de la Révolution Industrielle en Angleterre. Au cœur de sa théorie de l’eugénisme se retrouve l’idée que « les aptitudes psychiques supérieures sont largement déterminées par des facteurs héréditaires », tout comme les « imperfections ». L’eugénisme nazi mis en oeuvre durant la Seconde Guerre mondiale a considérablement contribué à marquer négativement ce type de programme.

Hétérophobie

Albert Memmi défini l’hétérophobie comme « le refus d’autrui au nom de n’importe quelle différence ». L’hétérophobie constitue, selon lui, le sentiment premier qui est à l’origine du racisme.

Homophobie

L’homophobie désigne toutes les manifestations (discours, pratiques, violences, …) de rejet ou de différenciation à l'encontre d'individus, de groupes ou de pratiques homosexuels ou perçus comme tels.

Identité

Résultat du processus par lequel un individu, ou un groupe, se définit de manière collective ou individuelle.

Pour aller plus loin :
L’identité peut, tout d’abord, être appréhendée comme une construction, une mise en récit qui s’effectue au cœur de l’intériorité individuelle et qui mobilise deux ressorts narratifs caractérisés par Paul Ricoeur sous les termes de « mêmeté » et d’ « ipséité ». Le premier de ces termes évoque ce qui relève de l’identification immédiate de l’individu par la caractérisation et la comparaison, et le second ce qui assure la continuité du « je » dans la durée. L’identité  se construit, également, dans un rapport à l’extériorité, au réel en s’appuyant sur des données concrètes et objectives (dont la sélection relève toutefois de la subjectivité).
Sa dernière composante est la malléabilité : toujours créé en partie pour les regards extérieurs, le magma identitaire se modifie sous l’action de ces regards. En France, de nouvelles affirmations identitaires ont émergé depuis les années soixante.

Idéologie

Système d’idées, de concepts, d'images, de mythes et de représentations qui induit des normes et valeurs, et tend à exercer une influence sur les comportements individuels et collectifs.

Immigré

Un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France, selon la définition du Haut Conseil à l'Intégration. D’après cette définition, une personne ayant obtenu la nationalité française reste donc « immigrée » si elle est née étrangère dans un pays étranger.

Le terme « immigré » comprend des connotations négatives, liées à l’histoire de l’immigration mais aussi à la façon dont la question est traitée dans l’espace public (discours médiatiques,  politiques …). C’est pourquoi, aujourd’hui, les professionnels parlent plus volontiers de « migrants ».

Infériorisation

La logique raciste d’infériorisation consiste à donner à un individu ou un groupe, les places les plus basses dans la société.

Intégration

Le terme d’intégration désigne un processus complexe qui provoque chez les individus un « sentiment d’identification à une société et à ses valeurs ».
Aujourd’hui, l’usage de ce concept est décrié par un certain nombre de chercheurs.

Pour aller plus loin :
Selon Patrick Weil, l’intégration désigne un « processus continu d’intériorisation de règles et de valeurs communes [qui] permet de socialiser, dans un cadre national, des citoyens appartenant à des entités géographiques, des classes sociales, des cultures ou des religions différentes ».

Pour d’autres chercheurs, dont Alain Tarius, il s’agit d’une notion obsolète, qui ne correspond pas à la réalité d’individus capables de circuler d’un espace à un autre : « Cette conception du parcours de … vers …, qualifié d’intégration, d’insertion, d’acculturation, etc., est très répandue et fait généralement consensus dans les milieux politiques et administratifs, de la ville à la nation. Ce n’est plus ainsi que nous décrivons ces individus, soumis aux terribles pressions de leurs positions incertaines, intermédiaires entre Etats différents, présents sans désignation locales dans les lieux des autochtones. Nous rencontrons plutôt des individus capables d’être d’ici et de là-bas à la fois, contrairement aux descriptions de Park, capables d’entrer-sortir momentanément ou durablement dans des univers de normes qui leur sont étrangers sans pour autant quitter les leurs ».

Islamophobie

Le terme islamophobie est employé par la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme pour désigner une peur et/ou un rejet de l’islam qui se traduisent par des pratiques de mises à distance, de stigmatisation ou de rejet à l’encontre des musulmans.
Si l’usage du mot nécessite des précautions, car il pourrait être utilisé de manière à empêcher une critique des religions, il permet toutefois aujourd’hui de mettre l’accent sur une modification des cibles du racisme. On remarque aujourd’hui en effet des passages à l’acte raciste « qui ne visent plus exclusivement les symboles de l’immigration (foyers Sonacotra, associations d’aide aux étrangers, etc.), mais les signes visibles du processus d’implantation du fait musulman dans la société française : les salles de prières, les mosquées et les commerces halal ».

Pour aller plus loin
Si le terme est apparu dans des conditions qui peuvent jeter le doute sur ses fondements scientifique, il permet toutefois aujourd’hui de comprendre comment fonctionne « l’explication par une religion de problèmes sociopolitiques locaux, nationaux et internationaux ». Selon Laurent Mucchielli, « l’équation fondamentale qui sous-tend ce soupçon est celle-ci : ‘Islam = non intégration + violence + antisémitisme + oppression de la femme’ ».

Pour Doudou Diéne, rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance, « ce terme réfère à une hostilité non fondée et à la peur envers l’islam, et en conséquence la peur et l’aversion envers tous les musulmans ou la majorité d’entre eux. Il se réfère également aux conséquences pratiques de cette hostilité en termes de discrimination, préjugés et traitement inégal dont sont victimes les musulmans (individus et communautés) et leur exclusion des sphères politiques et sociales importantes. Ce terme a été inventé pour répondre à une nouvelle réalité : la discrimination croissante contre les musulmans qui s’est développée ces dernières années ».

Selon deux chercheurs du Cevipof, Nona Meyer et Guy Michelat, des parallèles peuvent être fait entre les notions d’« islamophobie » et de « judéophobie » : « Le vote de la loi Stasi interdisant le port de signes religieux à l’école, loi souvent perçue comme ‘islamophobe’, a provoqué un débat plus large sur la place de l’Islam et l’intégration des musulmans dans la société française. Le débat s’est nourri de l’actualité internationale, avec en Irak la prise en otage des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbruneau durant l’été, et la solidarité manifestée par les musulmans de France à cette occasion, les attentats du 11 septembre à Madrid, l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh aux Pays-Bas par un fanatique musulman. […] Pour Vincent Geisser on assisterait à l’émergence d’une ‘nouvelle islamophobie’, rejet spécifique de l’Islam et de ses valeurs, distinct du ressentiment anti-immigrés, masqué sous les dehors d’une défense de la laïcité et des valeurs républicaines. Dans les deux cas c’est le contexte international qui viendrait altérer les perceptions des groupes en cause, avec l’amalgame entre musulmans, ‘islamisme’ radical et terrorisme d’un côté et entre juifs, Israéliens et ‘sonisme’de l’autre. Dans les deux cas, c’est l’autonomie de ces attitudes par rapport aux préjugés anciens, à fondements religieux, racial ou nationaliste, qui est postulée. Enfin tant le profil des judéophobes que des ‘islamophobes’ trancherait par rapport à celui des racistes ordinaires. Ces derniers sont socialement et culturellement défavorisés et plus nombreux à droite et à l’extrême droite. Ces nouveaux préjugés se développeraient au contraire dans les milieux intellectuels et cultivés, et dans les cercles de la gauche et de l’extrême gauche, parfois au nom même des valeurs laïques et antiracistes qu’ils défendent ».

Judéophobie

Attitudes et comportements antijuifs fondés sur un amalgame entre Juifs, Israéliens et sionnistes.
Il s’agit d’un nouvel antisémitisme, apparu après la Shoah, qui peut prendre trois formes :

Pour aller plus loin :
Selon deux chercheurs du Cevipof, Nona Meyer et Guy Michelat, dans le cadre de la judéophobie comme de l’islamophobie, le contexte international jouerait un rôle prépondérant, « avec l’amalgame entre musulmans, ‘islamisme’ radical et terrorisme d’un côté et entre juifs, Israéliens et ‘sonisme’de l’autre. Dans les deux cas, c’est l’autonomie de ces attitudes par rapport aux préjugés anciens, à fondements religieux, racial ou nationaliste, qui est postulée. Enfin tant le profil des judéophobes que des ‘islamophobes’ trancherait par rapport à celui des racistes ordinaires. Ces derniers sont socialement et culturellement défavorisés et plus nombreux à droite et à l’extrême droite. Ces nouveaux préjugés se développeraient au contraire dans les milieux intellectuels et cultivés, et dans les cercles de la gauche et de l’extrême gauche, parfois au nom même des valeurs laïques et antiracistes qu’ils défendent ».

Métis / métissage

Le terme « métissage » était utilisé autrefois, particulièrement au XIXe siècle pour désigner, souvent de façon péjorative, le mélange des « races », des « sangs ». Etait alors dénommée métis, toute personne née de parents de « races » différentes. La notion de « race » comme réalité génétique ayant été remise en cause, le terme désigne aujourd’hui, de manière large, tout mélange culturel ou « ethnique ». On considère donc comme « métis », l’individu né de parents appartenant à des groupes socio-culturels distincts ou encore l’œuvre d’art mélangeant des apports culturels différents ... Aujourd’hui,  le terme de métissage désigne un processus majoritairement perçu comme positif.

Migrant

Le « migrant » désigne littéralement « celui qui migre » en opposition à l’immigré - « celui qui a migré du point de vue du pays d’accueil » - et à l’émigré - « celui qui a migré du point de vue du pays de départ ».
Ce terme étant très usité dans le monde anglosaxon - l’anglais ne différencie pas les « immigrants » des « immigrés » - il est utilisé par certains chercheurs français afin d’éviter l’usage du terme « immigré », trop chargé de stéréotypes négatifs dans le sens commun.

Minorité

Les minorités sont le produit d’un rapport social : il s’agit de groupes différenciés, stigmatisés ou rejetés dans une société donnée.

Pour aller plus loin : Identité, minorité et question noire
Il existe une distinction importante entre identité et minorité. Cette différence constitue une ligne de fracture au sein des groupes mobilisés autour de la question noire. Alors que pour les tenants de la « minorité », être Noir aujourd’hui en France, c’est avant tout faire l’expérience des discriminations ou de la stigmatisation ; pour les tenants de l’identité, les Noirs ont en commun une identité partagée.

Nation

Le sens moderne du terme « nation » est apparu au XVIIIe siècle. Plusieurs conceptions de la nation peuvent être opposées : une conception axée sur la culture - selon laquelle la nation est l’émanation d’un groupe socio-culturel partageant une histoire et un avenir communs - et une conception socio-politique, qui envisage la nation comme une communauté de citoyens liés par des droits et devoirs.

Nationalisme

Le nationalisme désigne un système d’idées et de valeurs se caractérisant par la volonté de créer un Etat-nation autonome et souverain ; il désigne, par extension, les mouvements porteurs de cette volonté.
Ce terme comprend deux sens très différents. Il désigne en premier lieu le mouvement ayant débouché, du XVIIIe siècle à nos jours, sur la création d’Etats-nations. Il caractérise également, par extension, des mouvements prônant l'unité ethnique, linguistique et politique de la communauté.

Pour aller plus loin :
Michel Wieviorka établit une distinction entre le nationalisme moderne, qui prend en charge la gestion interne de la collectivité et sa position dans le monde, et un nationalisme antimoderne, défensif (« le racisme qui se développe alors éventuellement […] s’en prend en priorité à ceux qui symbolisent la minorité, et qui deviennent, selon le procédé classique du bouc émissaire, la cause des maux qui affectent la nation, ou la marque de l’impureté et de non-homogénéité du corps social »).

Négritude

Mouvement culturel apparu dans la première moitié du XXe siècle et dont le mode d’expression privilégié est la littérature. Ce mouvement s’est construit en réaction à une dévalorisation de la culture africaine et afrocaribéenne.
Le terme « négritude » est très attaché à l’homme de lettre francophone et ancien Président du Sénégal, Léopold Sedar Senghor.

Pour aller plus loin :
Aimé Césaire est le premier à avoir utilisé ce mot dans le Cahier d’un retour au pays natal, en 1939. Il définit la négritude comme « la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ». Il s’agit donc de reconnaître et d’assumer les valeurs « noires ».

Particularisme

Mise en avant des différences sociales, culturelles ou socio-culturelles, parfois au détriment de ce qui constitue l’universalité du genre humain.

Péonage

De l’espagnol peon, ouvrier agricole.
Forme de travail forcé mis en oeuvre dans de grands domaines agricoles : le péonage se caractérise par la dépendance de l'ouvrier qui s'endette auprès de son employeur 

Préjugé

Dans son sens premier, le terme « préjugé » désigne une opinion préconçue prédominant dans un groupe donné, qui peut participer à la catégorisation, et parfois au rejet, d’individus. Par extension, le terme désigne également les processus de généralisation abusive.
Lorsque le groupe concerné par ce / ces préjugé(s) est racialisé, on parle alors de préjugé racial.

Racialisation (racialiser)

Processus à l’issue duquel la catégorisation raciale devient une dimension décisive de la vie en société.
La « race » n’a pas de réalité biologique pour la majorité de la communauté scientifique. Pourtant, dans plusieurs pays anglo-saxons, le terme « race » définit une réalité subjective et renvoie à une expérience vécue. On parle ainsi de racialisation des rapports sociaux quand, par exemple, le fait d’être Noir est pris en compte lors d’une inscription à l’université.

Racisme

Si la catégorie « race » est employée de façon courante depuis le XVIIIe siècle, le terme « racisme », utilisé avant la première guerre mondiale, devient d’un emploi courant essentiellement lors des années vingt et trente. Il apparaît dans le Larousse en 1932.

Il désigne à la fois des pratiques (ségrégations, discriminations, violence voire vote), des représentations (stéréotypes, préjugés, …) et des discours qui tendent à « caractériser un ensemble humain par des attributs naturels, eux-mêmes associés à des caractéristiques intellectuelles et morales qui valent pour chaque individu relevant de cet ensemble », et à s’appuyer sur cette caractérisation pour discriminer, inférioriser ou exclure.

Selon Albert Memmi, « le racisme consiste en une mise en relief de différences ; en une valorisation de ces différences ; enfin en une utilisation de cette valorisation au profit de l’accusateur ».

Pour aller plus loin :

Trois logiques :
Les différents travaux réalisés sur ce sujet permettent de déterminer l’existence de trois logiques centrales qui coexistent souvent au sein de mêmes rapports sociaux mais qui peuvent toutefois être caractérisées par la référence à des périodes historiques distinctes.

La première de ces logiques, et la plus ancienne semble-t-il, peut-être qualifiée de « classique ». Le racisme classique s’appuie sur une conception des races comme entités biologiques distinctes et profondément inégales (physiquement comme intellectuellement). Une telle pensée donne lieu à une vision pessimiste – voire phobique – du métissage, considéré comme facteur de dégénérescence ;  elle trouve un cautionnement « scientifique » notamment dans les travaux de l’anthropologie physique.
Au XXe siècle, l’avancée dans le domaine génétique – notamment – rend ces thèses caduques. Le lien entre les capacités (intellectuelles, …) d’un individu et ses attributs raciaux ne peut plus être avalisé scientifiquement.

La seconde logique, dite « d’infériorisation », semble être corollaire à l’industrialisation. Son développement apparaît toutefois lié de façon étroite avec l’entreprise coloniale. De fait, le racisme d’infériorisation « accorde au groupe –victime une place dans la société à condition que ce soit la plus basse ». De plus, « à un segment important de la force de travail, il justifie que soit attribuée une rémunération de loin inférieure à celle que le critère méritocratique pourrait jamais justifier ». Une telle logique raciste remplit donc une fonction à la fois sociale – en valorisant par opposition les individus de l’endogroupe – et économique – elle réduit les coûts de toute une partie de la force de travail.

Le racisme « différentialiste » correspond à une autre logique que celles exposées précédemment même s’il présente de profondes similitudes avec le racisme classique. L’émergence d’une telle logique est contemporaine à la décolonisation et à l’inversion des flux migratoires qui relient l’Europe aux pays du Sud. Ici, la catégorie « culture » fonctionne comme hier la catégorie « race » : elle permet de naturaliser l’altérité comme de cristalliser les angoisses de mélanges, d’hybridation ou de métissage. Les idéologues de ce néo-racisme prétextent du danger que ferait encourir les mouvements de population à la culture pour tenir à l’écart, ségréguer ou exclure.

Ces trois logiques sont souvent imbriquées. Elles apparaissent également toujours liées à un contexte socio-économique particulier au sein duquel elles remplissent une fonction.

Faits anodins et faits graves
On peut également différencier deux niveaux de racisme en fonction des faits qualifiés. La distinction opérée par Michel Wieviorka à propos de l’antisémitisme entre les faits plus ou moins anodins mais porteurs d’une forte charge symbolique qui dessinent les contours d’un climat général, et les actes graves qui ont une visibilité accrue dans l’espace public peut se révéler utile à ce sujet.

Ces faits doivent en effet être différenciés car, bien qu’étroitement imbriqués, ils ne se donnent pas à voir de la même façon et renvoient à des questionnements distincts. Leur imbrication peut être envisagée de la façon suivante : les actes graves apparaissent de façon relativement fréquente dans l’espace médiatique et / ou dans les statistiques officielles. Ils influent ainsi sur le climat général notamment en pouvant provoquer ou renforcer un sentiment de peur chez les personnes appartenant à un groupe minoritaire ou considéré comme extérieur, potentiellement victimes de racisme.

Le concept de racisme institutionnel

L’expression « racisme institutionnel » désigne l’ensemble des processus inégalitaires informels qui apparaissent au cœur même de l’institution et tendent à discriminer, exclure ou stigmatiser les individus appartenant à un groupe racisé. Le racisme institutionnel dénote des résistances plus ou moins conscientes de la majorité au principe de démocratisation.

Ségrégation 

Le terme de ségrégation caractérise à la fois un processus et ses conséquences : la mise à distance de l’autre et la distanciation qui en résulte..

Pour aller plus loin
La ségrégation relève d’une logique de différenciation qui se traduit, souvent, par des configurations précises dans l’espace, par l’attribution, plus ou moins fixée, de places différentes pour les membres des groupes différenciés. Selon Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein, elle reflète la volonté « de purifier le corps social, de préserver l’identité du ‘soi’, du ‘nous’ de toute promiscuité, de tout métissage, de tout envahissement ».

Sexisme

Elaboré durant les années 1960, par des Américains s’inspirant du terme « racisme », ce concept s’est ensuite étendu au niveau international.
Il s’agissait alors de souligner le lien existant entre les dominations masculine et raciale : dans les deux cas, on s’appuie sur des différences physiques visibles (la couleur de la peau, les organes sexuels…) pour expliquer et rendre légitime la discrimination, l’infériorisation ou la dévalorisation.

Pour aller plus loin :
Selon Marie-Josèphe Dhavernas et Liliane Kandel, le sexisme est un système spécifique « comparé à tous les autres systèmes de discrimination et de domination » car il imprègne « l’immense majorité des productions idéologiques et culturelles de nos sociétés ». Il produit « une double image, ambivalente, mais aux deux facettes également développées, du groupe opprimé (résumé, schématiquement, dans le couple mère/putain) » sur laquelle il s’appuie.

Testing

Les « tests de situation » sont apparus en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Ils visent à créer une situation de manière à pouvoir établir scientifiquement ou juridiquement qu’il y a discrimination.

Pour aller plus loin : testing scientifique et testing judiciaire
« Depuis l’origine, la technique du test de discrimination fait l’objet d’applications dans deux champs tout à fait distincts : le champ des sciences sociales d’une part, où il apparaît comme un instrument de mesure des discriminations sur un marché donné (travail, logement, loisir, crédit, etc.) ; l’arène judiciaire d’autre part, où l’opération de testinga pour but d’établir l’existence d’un comportement discriminatoire précis. Trois différences au moins séparent le testingscientifique du testingjudiciaire. La première différence réside dans le fait que le testing scientifique met en scène des couples totalement fictifs, ce qui n’est pas le cas du testingjudiciaire. […] Dans le cas d’un testingorganisé à des fins de poursuites judiciaires, il est […] exclu de se fonder sur des personnages imaginaires. Comme l’a rappelé le ministère de la Justice dans une circulaire du 26 juin 2006, une condamnation ne saurait être prononcée ‘à la suite d’une opération au cours de laquelle la ou les personnes qui se sont vues opposer un refus auraient menti sur leur identité ou leur qualité, ou seraient purement fictives. (…) Dans de tels cas en effet, il n’y a pas de délit, puisque le refus a été opposé à une personne qui n’existe pas, ou qui n’est pas vraiment victime’. Un des membres du couple au moins doit se prêter à l’expérience sans mentir sur ses nom et qualités (la ‘personne de référence’ pouvant, elle, être construite pour les besoins de la cause). Deuxième différence : un testing scientifique cherche à tester une population d’offreurs aussi large que possible,  pour obtenir des résultats statistiquement significatifs, alors que cette démarche est sans intérêt pour un testingjudiciaire, dont l’objectif est d’établir l’existence d’un comportement discriminatoire commis par un acteur  nommément désigné. Lors de poursuites intentées contre une entreprise, le ‘taux net de discrimination’  observé dans son secteur d’activité ne peut jouer ni à charge ni à décharge. […] Hors champ pénal et s’agissant de la discrimination en matière d’accès au logement, on rappellera toutefois que le Conseil constitutionnel, appelé à statuer sur la constitutionnalité des règles de preuves instaurées par la loi de modernisation sociale du 17  janvier 2002, a souligné que les ‘éléments de faits laissant supposer l’existence d’une discrimination’ (dont un testing peut à l’évidence faire partie) doivent être ‘précis et concordants’. La troisième différence concerne la procédure de ‘validation’ des résultats du testing. Dans le cas d’un testingréalisé à des fins de mesure des discriminations, les résultats sont évidemment soumis à une discussion normée par les canons habituels du débat scientifique […].La discussion à laquelle donnent lieu les résultats d’un testing judiciaire est d’une tout autre nature. Imposée par l’article 427 du code de procédure pénale, elle s’identifie en réalité au principe du contradictoire, ‘élément pondérateur’ de l’intime conviction du juge et de la liberté de la preuve en matière pénale. Cette discussion vise notamment à corroborer les constatations établies par le testing, en recherchant des éléments plus subjectifs qui permettent de s’assurer de la présence d’une intention discriminatoire ».

Transnationalisme

Le concept de transnationalisme met l’accent sur la capacité d’être de deux ou plusieurs lieux à la fois. Il caractérise notamment les groupes et individus qui franchissent les frontières administratives et politiques et souligne l’importance des productions sociales et culturelles de ces groupes, leur capacité à intégrer des sociétés nationales sans se dégager émotionnellement et  culturellement de leur culture d’origine, ainsi qu’à créer des réseaux qui dépassent le cadre du pays d’accueil ou de départ.

Xénophobie

Sentiment de peur ou de rejet des étrangers et, par extension, des groupes perçus comme différents. « Par ‘xénophobie’, nous entendons l’ensemble des discours et des actes tendant à désigner l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de cette société, que l’étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans cette société, ou encore installé depuis longtemps […]. Cette représentation de l’étranger comme problème, risque ou menace est souvent implicite, voire énoncée sur le mode de l’évidence qui sert de fondement à des considérations techniques et relativement dépassionnées se rapportant aux modalités de résolution du problème, à la réduction du risque ou à la prévention de la menace ».